Municipales 2026
Bilan de nos projections
[04/04/2026] Offres électorales variables et éclatées, faible emprise des partis sur les stratégies des candidats, poids des notoriétés et enjeux locaux… les élections municipales sont de loin les scrutins les plus complexes à saisir et anticiper dans notre démocratie. En vue des municipales 2026, Mobilisations.org a pourtant mis en œuvre une démarche inédite de projection sur plus de 500 communes françaises, au service de dizaines d'ONG, médias et associations. Nous nous sommes appuyés sur un simulateur, conçu au terme d’une étude détaillée des déplacements de voix et dynamiques de participation d’un type de scrutin à l’autre depuis le début des années 2010. Celui-ci nous a permis d'anticiper des possibilités de bascules dans 9/10e des communes concernées, et de publier des projections détaillées offrant - à moindre coût - des performances comparables à un sondage local.
"La réactivité et la précision des réponses de Mobilisations.org ont été précieuses face aux questionnements que nous et nos groupes locaux avions pour définir nos priorités de campagne." Romain, directeur politique de Victoires Populaires
La complexité unique des élections municipales ne se prête pas à un travail de projection susceptible d’anticiper avec précision les issues des scrutins dans 80% des circonscriptions, comme nous l’avons fait lors des dernières législatives. Nous avons donc privilégié une approche en termes d’évaluation des degrés de risques de bascule sur chacune des 506 communes de France comptant le plus d’inscrits sur les listes électorales.
"Il s'agissait d'identifier toutes les communes susceptibles de bascules ainsi que les conditions dans lesquelles elles pouvaient basculer, et de réaliser cette identification 6 à 9 mois avant les élections municipales, alors que n’étaient connus ni les candidats, ni leurs stratégies, ni les événements politiques qui précéderaient le scrutin."
Cette évaluation des risques doit être comprise à la lumière de plusieurs points importants :
Le premier de ces points est une caractéristique majeure des élections municipales : la forte stabilité des majorités en place. Lors d’un scrutin municipal, l’issue la plus probable est quasiment toujours le maintien du bloc majoritaire en place. Sur ces 506 communes, par exemple, seule une sur sept a connu un renversement de majorité la faisant passer d’un bloc à l’autre (gauche ; centre/droite ; extrême droite). Dans près de la moitié des cas, il s'agissait d'une bascule vers le centre-droit, souvent causée par une surmobilisation de l'électorat de droite au second tour pour faire barrage à une liste de gauche. La seule commune sur laquelle nous avons constamment présenté la bascule comme une certitude, lors d'interviews presse, était Saint-Etienne.
En outre, notre travail d’évaluation des risques visait à permettre à des organisations (Streetpress, Victoires Populaires... cf. partie 1) de coordonner des stratégies de mobilisation à l’échelle nationale. Il ne s'agissait donc pas de réaliser un ensemble de projections dans les jours qui précèdent le vote. Il s'agissait d’identifier toutes les communes susceptibles de bascules ainsi que les conditions dans lesquelles elles pouvaient basculer (en cas de duel, de triangulaire, de division ou d’union d’un bloc, de maire sortant "faible", de mouvements de participation différentielle notable…), et de réaliser cette identification 6 à 9 mois avant les élections municipales, alors que n’étaient connus ni les candidats, ni leurs stratégies, ni les événements politiques qui précéderaient le scrutin. Parmi ces événements, on relèvera les nombreux conflits entre les gauches et la construction, chez une partie des électeurs, d'un barrage au second tour contre certaines listes de gauche (qui conduisent à un léger renforcement de la droite sur les mairies des moyennes et grandes villes).
Il fallait repérer non seulement les communes où la bascule était possible dans un scénario « ordinaire » (duel ou triangulaire au second tour), mais aussi celles où elle était rendue possible par les décisions déroutantes que l’on rencontre extrêmement souvent aux municipales (multiples candidats qui se maintiennent en raison de conflits locaux et inimitiés, même si cela doit les conduire à la défaite, voire à la victoire de l’extrême droite comme à Fos-sur-Mer ou Carpentras…). Outre la conception du simulateur, nous avons donc mis en place, pour évaluer les possibilités de bascule de chaque ville, une méthode d'évaluation des choix stratégiques qui avaient plus ou moins de chances d’être mis en œuvre par les candidats dans chaque ville (union ou désunion à gauche, à droite, désistements ou maintiens au second tour en fonction de la situation, etc., testant 10 à 65 scénarios selon les villes). Nous avons réalisé des mises à jour à l’automne et à l’hiver 2025-2026 qui ont permis d’affiner l'approche sur une minorité de villes (prise en compte des annonces de candidatures de personnalités ou sortants fortement implantés, absence de liste d’extrême droite dans certaines communes…). Mais l’essentiel du travail de projection qui est évalué ici a donc été réalisé entre juin et septembre 2025 (la conception du simulateur lui-même s'est faite de l'automne 2024 au printemps 2025), qu'il s'agisse des cartes que nous avons conçues pour diverses organisations (partie 1 de cet article) ou des projections détaillées que nous avons publiées entre novembre 2025 et février 2026 (partie 2).
1. Nos anticipations à grande échelle des risques de bascules
Nous avons produit, pour ces élections, des données et cartes interactives nationales répondant aux besoins de plusieurs dizaines d'organisations et médias engagés contre l'abstention ou pour diverses formes de mobilisation citoyenne (A Voté, On est Prêt...). La carte interactive réalisée en partenariat avec le Collectif d'action progressiste (CAP), en particulier, permettait aux représentants de soixante organisations différentes d'accéder à une information complète sur tous les types de bascules et enjeux de participation. Pour les groupes citoyens et militants présents dans plus de 50 villes à risque de bascule vers l'extrême droite, nous avons également conçu des plans de quartiers destinés à cibler les actions de mobilisation. Nous reviendrons ici plus précisément sur les données que nous avons construites pour créer les deux cartes les plus connues : celles de StreetPress (risques de bascule à l'extrême droite) et Victoires Populaires (possibilités de bascule gauche/droite).
"L’outil et la cartographie développés par Mobilisations.org ont été essentiels pour nous comme aide à la décision afin de cibler nos zones d’action et agir le plus précisément possible pour lutter contre l’abstention." Caroline, administratrice d'A Voté
1.1 Bascules à l'extrême droite (carte StreetPress)
Sur les 506 communes françaises comptant le plus d’inscrits et les 34 secteurs de Paris-Lyon-Marseille que nous avons simulés à l'été 2025 pour la carte StreetPress :
28% des mairies que nous avons classées en « possibilité significative de bascule vers l’extrême droite » (Nutriscore « D » dans la carte StreetPress) ont effectivement basculé vers l’extrême droite.
94% des mairies qui ont basculé vers l’extrême droite (16 sur 17) faisaient parties de celles où nous avions identifié un risque (villes « D » ou « C »).
Dans 82% des cas (14 sur 17), la configuration qui a conduit à cette bascule faisait partie de celles indiquées dans nos anticipations.
1.2 Bascules gauche/droite (données Victoires Populaires)
Sur les 506 communes françaises comptant le plus d’inscrits et les 34 secteurs de Paris-Lyon-Marseille que nous avons simulés à l'été 2025 pour Victoires Populaires :
23% des mairies que nous avons classées en « possibilité significative de bascule vers la gauche » ou « vers la droite » ont effectivement connu une bascule gauche/droite (dans 6 cas sur 10, de la gauche vers la droite).
88% des mairies qui ont basculé vers la gauche ou la droite (50 sur 57) faisaient parties de celles où nous avions identifié une possibilité significative ou éventuelle de bascule.
Dans 75% des cas (43 sur 57), la configuration qui a conduit à cette bascule faisait partie de celles indiquées dans nos anticipations.
1.3 Carte d'entre-deux-tours
Afin de faire face au mieux aux enjeux d’entre-deux-tours, plusieurs organisations ont fait appel à nous pour bâtir une carte au lendemain du premier tour, tenant compte des résultats du 15 mars et des choix de maintiens, fusions ou désistements. Sur cette carte :
69% des mairies que nous avons classées en « possibilité significative de bascule vers l’extrême droite » ont effectivement basculé vers l’extrême droite.
60% des communes classées en « possibilité significative de bascule gauche/droite » ont connu une telle bascule.
La portion des bascules réelles qui faisaient parties de nos anticipations, tous types confondus, est de 94%.
2. Nos projections détaillées publiées sur Twitter-X
"Sur l’essentiel des communes, notre modèle de projection a apporté des anticipations très proches des résultats finaux, offrant à moindre coût des performances comparables à celles d'un sondage local."
Nous revenons ici sur l’ensemble des simulations réalisées avec le simulateur Mobilisations.org que nous avons publiées en détail sur notre compte Twitter-X , 1 à 5 mois avant les élections (date de publication indiquée sur chaque simulation, plus bas). Ici encore, nous ne disposions pas de certitudes sur l’offre électorale exacte de ces élections au moment de réaliser les projections. Sur l’essentiel des communes, notre modèle de projection a apporté des anticipations très proches des résultats finaux, offrant à moindre coût des performances comparables à celles d'un sondage local. 86% des candidatures testées dans ces simulations sont arrivées dans la fourchette proposée ou à moins de 3 points de celle-ci. Pour visualiser ces projections, nous les avons reproduites ici sous forme de graphiques avec :
en couleurs, les fourchettes projetées par le simulateur (la fourchette est représentée par la zone avec une variation de couleur en haut des barres) ;
en noir, les résultats réels des élections des 15-22 mars 2026.
2.1 Villes moyennes (moins de 150 000 habitants)
2.2 Grandes villes (plus de 150 000 habitants)
[Note : la sous évaluation d'Eric Ciotti à Nice est essentiellement liée au fait que dans les cinq premières villes de France, nous avons souhaité intégrer au modèle de projection les sondages préélectoraux existants. Or le seul sondage alors disponible pour Nice plaçait Eric Ciotti à 25% au premier tour et ne laissait pas présager la possibilité qu'il atteigne un score bien supérieur à 40% au second tour.]
Nos outils de projection nous ont en outre permis d’anticiper l’issue des municipales dans plusieurs cas particuliers :
✔ En septembre 2025, nous avons identifié, à la demande de StreetPress, 10 communes où le risque d’une issue favorable à l’extrême droite était particulièrement élevé. La moitié des villes sélectionnées ont effectivement été emportées par l'extrême droite. Face à un récit médiatique fort sur la victoire à venir du RN à Toulon, nous avions convaincu la rédaction de ne pas intégrer cette ville à la liste. Car malgré l’existence d’un risque important, le profil de la commune rendait des plus vraisemblable le scénario qui a effectivement eu lieu : désistement d’une partie des qualifiés pour le second tour conduisant à un duel dans lequel la droite partait favorite.
✔ Face à un récit médiatique également prégnant sur le risque de bascule de Marseille à l’extrême droite, nous avons pu assurer constamment aux organisations pour lesquelles nous intervenions et aux interviewers (cf. extrait de Ouest France en illustration) que cette bascule n’aurait pas lieu.
✔ Sur Paris, Lyon et Marseille, nous avons anticipé la totalité des bascules de secteurs ou arrondissements :
Paris : nous avions projeté 0 possibilités significatives de bascules de secteurs ou arrondissements et 4 éventuelles. Aucun n’a basculé.
Lyon : nous avions projeté 5 possibilités de bascules d’arrondissement dont une très particulièrement probable, de la gauche vers la droite (5e arrondissement). C’est précisément celle-ci qui a eu lieu.
Marseille : nous avions annoncé 4 possibilités de bascules. Une n’a pas eu lieu (secteur 4 = arrondissements 6-8), 3 ont bien eu lieu (secteur 7 = arrondissements 13-14, de la droite vers la gauche ; secteurs 5 et 6 = arrondissements 9-10-11-12; vers l’extrême droite).
✔ Dans quatre communes tenues par des maires RN ou proches du RN, nous avions identifié une possibilité que l’extrême droite perde la mairie :
A Cholet, nous avons anticipé la défaite du maire qui fut candidat UDR-RN aux dernières législatives.
A Montauban, Perpignan et Fréjus, nous avions envisagé une possibilité éventuelle que la majorité sortante perde la ville. Elle a finalement conservé ces communes mais avec un avantage nettement plus étroit qu’ailleurs (3 points d’avance en triangulaire à Montauban, 51% des voix à Fréjus et Perpignan).